Josni B est un photographe de rue qui réussi à capturer des moments magiques, drôles, dérangeantes, intriguantes et toujours au bon moment, ce qui le rend un des jeunes photographes montréalais à surveiller pour l'année 2014. On a discuté à propos de ses expériences en Inde et les manifestations à Istanbul, ses goûts cinématographique, à propos de prendre des photos de fesses et ses moments préférés avec le blog qu'il a co-fondé; Official Hype. Voici notre discussion qui à été photographié par Alex Godbout Simard:

 

Photographie

DT: All right, on parle de photographie, ça c'est ton shit. Ça marche quand même bien pour toi en ce moment. T'as tu des contrats ou non?

JB: Non. Bien en fait, j'en fais pas.

DT: C'est par choix? Pourquoi?

JB: Je ne veux pas faire de contrats. C'est par choix. J'aimes pas ça travailler pour les autres. J'ai essayé et c'était pas pour moi.

DT: Tu fais quoi d'abord?

JB: Là j'ai mon livre de photos qui devrait sortir cette année. J'attends le texte pour l'intro.

DT: À quoi on peut s'attendre?

JB: C'est un mélange de pleins de choses que j'ai fais dans les deux dernières années. J'ai regardé tout mes photos et j'ai jumelé des photos qui n'avait pas nécessairement de sens ensemble et je les ai mis en groupe de deux. Donc ça peut être un duo de photos qui se passent à New York et à Montréal et qui ont un rapport soit esthétique ou thématique.


Moment Oniriques

DT: Tu peux expliquer ton projet photo "Moments Oniriques" où tu captures des modèles nus de dos dans le noir?

JB: Il n'y a pas grand chose à expliquer, je voulais prendre des photos de fesses [rire]. Non non, l'idée du projet c'est une ouverture sur la mémoire. C'est l'ouverture du moment qui reste pris dans la mémoire. C'est comme si t'étais perdu dans tes pensées. Quand t'as des pensées, c'est jamais concret ou super vivide. C'est ce moment que je voulais travailler et essayer de capturer. Je vais continuer cette série durant l'été, c'est juste qu'il fait fucking trop froid en ce moment. Je ne peux pas demander à du monde à se mettre tout nu dehors durant l'hiver.

DT: Comment tu fais pour choisir tes modèles?

JB: J'ai pas de modèles en tant que telle, mes modèles ce sont mes amis. Ce qui est parfois frustant quand tu veux faire des projets mais qu'ils sont occupés avec le travail ou l'école.


 

Capturer le bon moment

DT: Qu'est ce qu'il faut pour capturer la bonne photo au bon moment?

JB: C'est de la pratique mélangé avec une habileté innée. C'est d'avoir la capacité de visualiser le moment présent en conceptualisation photographique. Il y a des trucs que je trouve "chill" mais que je vais jamais prendre en photo parce que ça ne va pas refléter l'essence du moment qu'on vivait. Et des fois ça peut être vraiment anodin et être "dope" en photo. Comme la photo des deux jambes, sur le coup c'est rien mais en travaillant sur les formes, l'angle et l'espace on peut avoir quelque chose de fou. 

DT: Qu'est ce que tu en penses du monde qui disent que n'importe qui peut faire du street photography ou bien des photos à la Terry Richardson?

JB: C'est terrible, les gens disent "Ah, c'est tellement simple!". Bien justement, c'est cette simplicité qui se travaille ardument. C'est la même chose en peinture, comme si tu "check" Damien Hirst, il s'est pas juste levé un matin puis il a dit qu'il va faire des ronds. Il y a toute une démarche et contextualisation qui amène à ses travaux. C'est pas tout le monde qui peut faire ça, comme pour le Street Photography. C'est pas un "nobody" qui peut juste prendre une caméra, aller dans rue et prendre des photos de gens. Ça se peut qu'il soit correct mais pour qu'il soit à un niveau comme Boogie, il faut qu'il y ai de la pratique et une méthodologie derrière.

 

 

Influences

DT: Tes influences?

JB: Les "early works" de Terry Richardson. Ce qu'il fait dans le studio aujourd'hui est rendu son trademark. Il s'est assis sur ses lauriers et il fait de l'argent avec ça.

DT: Ouais mais il est quand même vieux aussi, tu peux pas t'attendre à ce qu'il continue à prendre des photos provocateur à 55 ans.

JB: Oui c'est sur! Il a pas le "excentric lifestyle" comme il avait avant. Back in the days, ce qu'il faisait c'était vraiment intéressant et ça va rester le Terry Richardson que j'apprécie.

JB: Mais ouais, il a aussi Lina Scheynius, Ryan McGinley. Il y a des jeunes aussi. Je pense aux Maya Fuhr et Elena Montemurro.

 

Official Hype

DT: Ton meilleur moment avec le blog qu'on a co-fondé?

JB: L'entrevue avec Lunice au Piknik Elektronik. C'était l'affaire qui a le plus marché et que j'ai eu le plus de fun. C'était vraiment dope et ça m'as permis de prendre une photo de fou. Il [Lunice] l'utilise partout mais il ne me donne pas le crédit ce qui est vraiment chien [rire]. Est sur Pitchfork cette photo là! Genre tout les blogs utilisent cette photo là!

DT: Ohhhh my god.

JB: J'étais sur Do Androids Dance et il avait un gif de notre entrevue! Mais ouais l'entrevue avec Birdy Nam Nam était vraiment dope aussi mais ils étaient trop petés.

 

Cinéma

DT: T'es la référence en ce qui a trait aux films underground et qui laisse les spectateurs mentalement destabilisés. Et en plus tu travailles à la Boite Noire en ce moment.

JB: [Rire] Ouais.

DT: C'est comment à la Boite Noire?

JB: Je chill avec tout les bobos de Montréal, c'est vraiment drôle.

DT: C'est quoi le film le plus "fucked up" que t'as vu et pourquoi?

JB: "Antichrist' par Lars Von Trier parce que ça pousse les limites du cinéma contemporain à un niveau sexuel, érotique et violent qu'on n'avait pas testé auparavant.

DT: Recommandes un film qui n'est pas très connu et que t'as vraiment aimé:

JB: "Happiness" de Todd Solondz. Ça traite de sujets fucking controversés mais présentés d'une manière à l'humour noire. Donc en regardant, tu trouves ça drôle parce que c'est awkward mais rendu à la fin t'es juste dégoûté.

 

Voyages

DT: C'était comment ton voyage en Inde? Il y a des moments qui seront toujours impregnés dans ta tête?

JB: Ouais man, c'était fou. L'affaire avec l'Inde c'est qu'il n'y a aucun point de l'Inde avec lequel tu peux t'apparenter. Je n'ai jamais vu la misère aussi proche que ça. J'suis arrivé à Delhi vers quatre heures du matin et il y a juste du monde qui dort partout par terre mais absolument partout. J'ai vu un cadavre aussi, on était sur l'autoroute. Il était face contre terre et recouvert de terre juste un peu. Il devait être là pendant un bout. On a vu un bus à l'envers aussi.

DT: Qu'est ce tu veux dire à l'envers?

JB: Les roues dans les airs, en plein milieu de la route. Le monde faisait contourner le bus. C'était comme un petit obstacle.

DT: Damn

JB: Ouais, à Srinagar, on marchait dans un petit quartier reculé, dans un secteur assez à risques parce qu'il y a assez de conflits musulmans-hindouistes. Il y avait un pont qui s'est écroulé pendant qu'on traversait la ville. Il avait juste pleins de monde qui marchait vers nous en pleurant parce que deux enfants venaient de mourir. J'avais ma caméra de sortie et mon guide m'as donné un air de "j'suis pas sur si c'est une bonne idée". La police est arrivée par la suite et a commencé à tirer des balles dans les airs pour disperser la foule. J'vais jamais oublier ça.

DT: T'avais été à Istanbul pendant les grosses manifestations aussi.

JB: Ouais, ce qui s'est passé à Montréal avec les manifestations étudiantes, c'était de la petite bière comparé aux émeutes à Istanbul. J'en ai reçu du poivre à cayenne durant les manifs étudiantes. Là bas, c'était des grenades fumingènes à en plus finir. Ils sont dix policiers et ils blasent ça dans la foule comme si rien n'était. J'en ai reçu une à côté de moi et j'avais pas de masques ou de lunettes. J'avais juste mon t-shirt par dessus mon nez, disons que les gaz fumigènes ont eu le dessus sur moi. Je veux tellement être à Kiev en ce moment [rire].

 

DT: Le temps dans notre Breather est déjà terminé! Merci pour le talk, c'était vraiment intéressant.

JB: Pas de problème man!  C'était dope.

 

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